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Quand un inconnu entre dans mon kiosque… et me dit que mon art est « vraiment pas beau »

par {{ author }} karine chartrand au May 19, 2026

Quand un inconnu entre dans mon kiosque… et me dit que mon art est « vraiment pas beau »

Il y a des commentaires qu’on n’oublie pas comme artiste.

Pas nécessairement parce qu’ils nous blessent.

Parfois, simplement parce qu’ils nous prennent complètement par surprise.

Cette histoire-là m’est arrivée à la fin d’une grosse journée chaude de symposium. Le genre de fin d’événement où les visiteurs quittent tranquillement le site pendant que les artistes ferment leurs kiosques en prévision du lendemain avec le peu d’énergie qu’il leur reste.

Et moi, fidèle à moi-même, je prenais mon temps.

J’étais parmi les dernières encore sur place. Une bouteille d’eau à la main, en train de ramasser doucement mes choses pendant que le site était presque désert.

C’est là qu’un homme est arrivé.

 

Un visiteur… complètement déstabilisé par mes œuvres!

 

Le monsieur marchait rapidement, probablement en direction de la sortie. Puis soudainement, il s’est arrêté devant mon chapiteau.

Et là… quelque chose s’est passé.

Il est entré avec les yeux grands ouverts.

Il regardait mes œuvres une par une.

Il reculait. Revenait. Observait encore.

Je le voyais réfléchir intensément.

Honnêtement, je pensais vivre un de ces beaux moments qu’on espère tous comme artiste. Le genre de moment où quelqu’un connecte profondément avec notre univers.

Je me disais intérieurement :

« Wow… il vit quelque chose. »

Et effectivement… il vivait quelque chose.

Ce n’était simplement pas ce à quoi je m’attendais…

 

« C’est pas beau. C’est vraiment pas beau. » 

 

Le monsieur finit par venir me voir directement.

Il me regarde droit dans les yeux avec une espèce d’énergie étrange. Pas agressive. Pas méchante. Mais intense.

Et il me dit simplement:

« C’est pas beau. C’est vraiment pas beau. »

 

Je pense que mon cerveau a eu besoin de quelques secondes pour comprendre ce qui venait de se passer.

J’ai ri jaune. Mes yeux grands ouverts avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles!

Pas par mépris.

Par surprise totale!

Parce que franchement… qui dit des choses comme ça de manière aussi directe?

Mais malgré ses mots maladroits, je ne me suis étrangement pas sentie attaquée. Il était sincèrement déstabilisé. Curieux, même.

Alors au lieu de me fermer, je lui ai demandé :

« Qu’est-ce que vous trouvez pas beau exactement? »

Certaines œuvres attirent. D’autres dérangent. Parfois, elles font les deux à la fois.

 

Quand les gens voient seulement le « négatif » dans une œuvre


À cette époque-là, je peignais beaucoup d’animaux considérés comme « mal-aimés » :

serpents, chauves-souris, chats sans poils, corneilles, etc.

Des sujets qui faisaient partie intégrante de ma démarche artistique, même si d’autres sujets plus doux s’y glissaient aussi.

Mais lui ne voyait qu’une chose : le négatif.

Pour lui, ces animaux représentaient quelque chose de sombre, de laid, d’inquiétant. Il associait automatiquement mes œuvres à quelque chose qui « ne devait pas bien aller ».

Et honnêtement… sa réaction m’a fascinée.

Car il justifiait EXACTEMENT la raison pour laquelle je peignais à l’époque ces sujets!

Il ne regardait pas les textures.

Il ne regardait pas les couleurs.

Il ne regardait pas la poésie dans l’image.

Il voyait ses propres associations empreintes de préjugés ou du moins de stéréotypes faciles.


Expliquer une démarche artistique… à quelqu’un qui ne comprend pas du tout

 

Alors j’ai pris le temps.

Je lui ai expliqué pourquoi je peignais ces animaux-là.

Je lui ai parlé de mon travail avec des jeunes en difficulté d’apprentissage à l’époque. Des jeunes rapidement catégorisés comme problématiques, difficiles ou dérangeants.

Des jeunes qu’on juge souvent avant même d’apprendre à les connaître.

Et je lui ai expliqué que mon travail faisait un peu le même parallèle.

Je ne peignais pas ces animaux pour accentuer leur « laideur ».

Je les peignais pour les regarder autrement.

Pour montrer qu’il peut exister de la douceur, de la beauté et de la poésie même dans ce qu’on juge rapidement.

Le monsieur me challengeait constamment pendant la discussion.

On ne se comprenait pas toujours parfaitement.

Mais la conversation était incroyablement intéressante.


L’importance d’être ouvert à la critique… quand le dialogue est possible

 

Soyons honnêtes. Internet nous pousse souvent à croire qu’il faut soit :

  • ignorer les critiques;
  • soit exploser au quart de tour.

Mais dans la vraie vie, certaines conversations méritent peut-être qu’on ralentisse un peu avant de réagir.

Attention : je ne parle pas ici de tolérer le manque de respect ou les attaques gratuites. Personne n’a de temps à perdre avec quelqu’un qui refuse complètement d’écouter.

Mais parfois, derrière une critique maladroite, il y a simplement :

  • de l’incompréhension,
  • de la curiosité,
  • ou une vision du monde complètement différente de la nôtre.

Et ça peut mener à des échanges profondément humains.


La meilleure partie de l’histoire

 

À la fin de notre discussion, le monsieur me dit :

« Attends… je vais aller chercher ma femme. Je veux voir si elle trouve ça beau. »

 

Je vous jure que je n’aurais jamais pu inventer cette scène-là.

Sa femme arrive devant mon kiosque.

Elle regarde les œuvres.

Elle recule littéralement de deux pas.

Penche la tête.

Roule les yeux.

Me regarde.

Et dit quelque chose comme :

« Mmmm… pas sûre. »

 

Cette fois-là, je n’ai pas ouvert la discussion.

Je lui ai simplement répondu :

« On ne peut pas plaire à tout le monde madame… et c’est bien correct. »

 

Et honnêtement? C’était parfait comme ça. C’était clair, avec elle, je n’avais pas de temps à perdre!

 

Ce moment-là m’a plus marquée que certaines ventes

 

Le plus drôle dans tout ça?

Le monsieur est reparti avec ma carte d'affaire accompagné d'un gros sourire.

Sa femme, elle, est repartie visiblement très confuse par “l’intérêt” que son conjoint a porté sur mon travail.

Mais lui… il était heureux d’avoir eu cette discussion.

Et moi aussi.

Parce qu’au fond, l’art ne sert pas uniquement à décorer des murs.

L’art sert aussi à :

  • provoquer des réflexions,
  • créer des conversations,
  • confronter des perceptions,
  • connecter des humains qui ne voient pas le monde de la même façon.


Même quand l’échange commence par :

« C’est vraiment pas beau. »

Ça reste encore aujourd’hui l’un des moments les plus marquants de ma carrière artistique.

Cette anecdote me rappelle une chose essentielle : la beauté en art reste profondément subjective.

Mais alors… l’art doit-il réellement être beau pour être important?

J’explore cette question plus en profondeur dans cet article de blogue :
L’art doit-il être beau?

 

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