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Nous sommes toujours l’imposteur de quelqu’un.

par {{ author }} karine chartrand au Feb 16, 2026

Nous sommes toujours l’imposteur de quelqu’un.

La légitimité artistique : qui décide vraiment ?

Nous sommes toujours l’imposteur de quelqu’un.

Dans le monde de l’art, l’unanimité n’existe pas.
Et si elle existait, ce serait probablement le signe d’un art morne et uniquement décoratif.

La légitimité artistique est une notion floue. Tantôt attribuée par des élites, tantôt mesurée par la notoriété ou la reconnaissance publique, elle semble constamment déplacée selon le regard qui la juge.

Mais qui décide réellement de ce qui est légitime ?

 


 

La légitimité artistique : une construction mouvante

Avec les années, j’ai navigué entre cadre académique et pratique personnelle. Formée en enseignement des arts visuels, j’ai observé différents modèles de reconnaissance : l’artiste de galerie, l’artiste autodidacte, l’artiste viral, l’artiste discret mais profondément ancré dans sa recherche.

J’ai compris une chose essentielle :

La légitimité artistique ne repose pas uniquement sur la technique, ou uniquement sur la visibilité.

Elle ne s'officialise pas du jour au lendemain.
Elle se construit.

Elle s’enracine dans la cohérence d’une recherche, dans la constance d’un propos, dans la solidité d’une démarche artistique.

 


 

L’intention : le cœur invisible de l’œuvre

L’art demande plus qu’un geste spontané ou une imitation superficielle.
Il demande une intention claire, assumée, réfléchie.

Une œuvre peut séduire par sa technique.
Elle peut impressionner par sa profondeur.
Elle peut même être laide et choquer.

Mais sans intention sincère, elle reste fragile, voir vide.

Il m'est souvent arrivé d’entendre :
« Moi aussi je pourrais faire ça. »

Peut-être.

Mais faire une image n’est pas forcément faire œuvre.

Ce qui distingue un geste décoratif d’un geste artistique, ce n’est pas seulement le résultat visible. C’est la réflexion qui le précède, la recherche qui l’accompagne, la cohérence qui le soutient.

Une œuvre ne se résume pas à son apparence. Elle porte un parcours, des essais, des doutes, des choix assumés. Elle s’inscrit dans une continuité, une réflexion.

Dire “je pourrais faire la même chose” revient souvent à regarder la surface sans voir la structure.

Et c’est précisément là que se joue la légitimité artistique.

La démarche artistique agit comme une colonne vertébrale. Elle relie l’artiste à ses œuvres. Elle donne du sens aux choix esthétiques, aux médiums, aux sujets. Elle permet à l’art de dépasser le simple effet.

C’est d’ailleurs ce que j’explore plus en profondeur dans mon guide "Écrire son art" consacré à l’importance de la démarche de création. Comprendre et structurer sa démarche, c’est renforcer sa légitimité, non pas aux yeux des autres, mais dans sa propre posture d’artiste.

 


 

L’art ne sera jamais unanime — et c’est sain

L’art dérange.
Il questionne.
Il confronte.

Il est normal qu’une œuvre choque, qu’elle déstabilise ou qu’elle ne fasse pas consensus. Si tout le monde est d’accord, il n’y a plus de tension. Et sans tension, il n’y a plus de réflexion.

Nous avons le droit de ne pas aimer une œuvre.
Nous avons le droit de douter d’un discours.
Nous avons le droit de questionner une technique.

Mais le désaccord ne devrait jamais devenir un refus de respect.

La sensibilité artistique n’est ni noire ni blanche. Elle évolue. Elle dépend de notre vécu, de nos valeurs, de nos références culturelles.

Accepter cela, c’est reconnaître que notre perception n’est pas absolue.

 


 

Être l’imposteur de quelqu’un

Peu importe notre parcours, notre reconnaissance ou notre succès, nous serons toujours l’imposteur de quelqu’un.

Et c’est correct.

La véritable légitimité artistique ne repose pas sur l’unanimité.
Elle repose sur l’intégrité.

Sur la capacité à porter une intention sincère.
À développer une démarche cohérente.
À accepter le débat sans perdre le respect.

L’art est un espace vivant.
Un espace de friction.
Un espace où la différence ne doit pas être effacée, mais assumée.

La question n’est donc pas :
“Suis-je légitime aux yeux de tous ?”

La question est plutôt :
“Ma démarche est-elle solide ? Mon intention est-elle claire ?”

La légitimité artistique ne se réclame pas.
Elle se construit, dans le temps, dans la recherche, dans l’intégrité.

Et peut-être que le véritable défi n’est pas de convaincre,
mais d’accepter d’être en désaccord, d’oser questionner — et d’accepter d’être questionné.

Que l’on soit artiste ou spectateur, nous portons une responsabilité :
celle de regarder au-delà de la surface.
De nuancer nos jugements.
De rester curieux.

L’art ne demande pas l’unanimité.
Il demande une posture.

Et vous, lorsque vous regardez une œuvre…
cherchez-vous l’effet ou l’intention ?

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