Pourquoi un artiste professionnel est aussi un entrepreneur
par {{ author }} karine chartrand au Jul 15, 2026
Qu'est-ce qui définit réellement un artiste professionnel?
J’ai eu la chance de faire mes études en arts visuels. Pourtant, qui dit diplôme ne dit pas automatiquement professionnalisation de l’artiste.
C’est étrange à dire, je sais. Mais quand on y pense, plusieurs artistes professionnels de grand talent sont autodidactes.
Alors, qu’est-ce qui différencie l’artiste amateur de l’artiste professionnel si ce n’est pas le diplôme?
Selon moi, la principale différence est qu’un artiste professionnel ne se consacre pas uniquement à la création. Il développe également une entreprise autour de sa pratique artistique afin de rendre celle-ci viable à long terme.
Ici, je ne vous parlerai pas de la définition officielle du statut de l’artiste selon la loi. D’ailleurs, plusieurs artistes qui n’ont pas ce statut vivent très bien de leur art malgré tout.
Cela dit, si le sujet vous intéresse, je vous invite à consulter le site du RAAV (Regroupement des artistes en arts visuels du Québec), qui présente les critères de reconnaissance professionnelle des artistes en arts visuels au Québec.
Je vais plutôt orienter ma réflexion vers un aspect dont on parle beaucoup moins : l’entrepreneuriat artistique.
La différence entre un artiste amateur et un artiste professionnel
L’artiste qui crée pour le plaisir ne pense généralement pas au profit. Il vend parfois son travail afin de couvrir ses frais matériels ou simplement pour faire plaisir à quelqu’un.
Il explore beaucoup, change régulièrement de direction et se laisse guider avant tout par ses envies du moment. Sa signature artistique n’est pas nécessairement sa priorité.
À l’inverse, l’artiste qui souhaite vivre de son art doit adopter une approche différente.
Son objectif n’est plus seulement de créer, mais également de bâtir une pratique durable. Il doit vendre suffisamment pour couvrir ses dépenses artistiques, mais aussi ses dépenses personnelles.
Cette réalité l’amène souvent à réfléchir davantage à sa démarche, à son positionnement et à ce qui distingue son travail de celui des autres artistes.
Et c’est souvent à ce moment-là qu’il commence à devenir entrepreneur.

Crédit photo: Charlène Paillé
Pourquoi un artiste professionnel est aussi un entrepreneur
On imagine souvent l’artiste seul dans son atelier, absorbé par sa création.
La réalité est beaucoup plus complexe.
Lorsqu’un artiste décide de faire de sa pratique son métier, il doit apprendre à gérer une entreprise. Et honnêtement, même avec un diplôme en arts visuels, personne ne nous prépare vraiment à cela.
Il faut apprendre à gérer des budgets, effectuer sa comptabilité, rédiger des contrats, assurer le suivi de ses clients, développer des stratégies marketing, comprendre les réseaux sociaux, maintenir un site web à jour et parfois même photographier soi-même ses œuvres.
Toutes ces tâches s’ajoutent au temps passé à créer.
Je crois que plusieurs personnes seraient surprises de découvrir à quel point la peinture ne représente qu’une partie du travail d’un artiste professionnel.
L’artiste professionnel ne crée pas uniquement des œuvres. Il développe également une entreprise autour de sa pratique.
Selon moi, c’est d’ailleurs l’une des différences les plus importantes entre une pratique amateur et une pratique professionnelle.
Le mythe de l’artiste qui ne devrait vivre que de passion
Le mythe de l’artiste maudit demeure encore très présent aujourd’hui. Dans l’imaginaire collectif, un artiste devrait presque souffrir pour son art. Comme si le fait d’être passionné pouvait justifier le fait de se nourrir aux toasts.
Pourtant, personne n’accepterait cette logique dans la plupart des autres professions. On ne remet pas en question les honoraires d’un plombier parce qu’il aime son métier. On ne demande pas à un entrepreneur de réduire ses prix parce qu’il est passionné par son domaine.
Alors pourquoi le ferait-on avec les artistes?
Peut-être parce que nous entretenons encore certaines idées reçues sur la valeur du travail artistique. Parmi elles, la croyance que rendre l’art accessible signifie nécessairement le vendre à très bas prix. Une réflexion que j’ai approfondie dans mon article Quand démocratiser l’art à tout prix finit par nuire aux artistes.
Personnellement, je ne vois rien de négatif dans le fait qu’un artiste puisse vivre confortablement de son travail.
Au contraire.
Je crois qu’une entreprise artistique saine permet justement à l’artiste de continuer à créer, à évoluer et à partager sa vision du monde.
En résumé
Être artiste professionnel ne signifie pas nécessairement posséder un diplôme en arts visuels ou vivre exclusivement de son art.
C’est avant tout adopter une démarche professionnelle, développer une pratique durable et apprendre à gérer tous les aspects d’une entreprise artistique.
Derrière chaque œuvre se cache souvent bien plus qu’un simple moment de création. Il y a aussi de la gestion, du marketing, de la planification, de la comptabilité et une volonté de bâtir un projet viable à long terme.
Et au bout du compte, n’est-ce pas ce que nous souhaitons tous pour les artistes que nous admirons?