Bon là, je dois vider mon sac..., je suis TANNÉE des images générées par intelligence sur mes réseaux sociaux!
Dans les publicités. Dans les affiches. Dans les publications d’entreprises. Dans les communications d’organismes. Et maintenant jusque dans les écoles.
Je clarifie d'entrée de jeu, je ne suis pas en guerre contre l’IA. Au contraire, je trouve que c’est un outil extraordinaire.
Ce qui m’écœure tranquillement, c’est cette espèce d’esthétique à la fois morne et trop éclatée générée par IA. Ça pollue notre environnement visuel. Cet outil qui devrait nous permettre n’importe quoi…Nous pond des images sans personnalité qui se ressemblent toutes!

Maintenant, quand je vois une publicité générée par IA, je décroche
Je fais défiler Facebook ou Instagram, je tombe sur une publicité et, dès que mon cerveau reconnaît ce fameux « look IA », je passe à la suivante.
Je ne lis même plus. Je suis sincèrement… dégoutée. Désolée de le dire ainsi…
Même grain. Même lumière. Même accumulation d’éléments. Même impression de vouloir tout montrer en même temps. Des compositions trop chargées et une image tellement travaillée qu’elle finit par ne plus rien me dire.
Évidemment, mon regard est probablement plus sensible à ça que celui de certaines personnes. Je suis une artiste, je passe mes journées à réfléchir à la couleur, à la composition, à la ligne, aux textures, à l'équilibre d'une image et à ce qu'elle raconte. Peut-être que monsieur et madame Tout-le-Monde ne décortiquent pas une publicité de la même manière.
Mais maudine… suis-je la seule à être lassée par cette impression de déjà-vu qui se retrouve partout?
Le problème n'est pas l'IA. C'est ce qu'on en fait.
Je veux être très claire là-dessus, je ne suis pas en train de démoniser l'intelligence artificielle.
Ce serait même assez hypocrite de ma part. Je l’utilise régulièrement!
Pour brainstormer. Pour structurer des idées. Pour réfléchir à une stratégie. Pour débloquer une piste. Pour analyser certaines choses. Pour sauver du temps sur des tâches qui, autrement, m'en prendraient beaucoup trop.
L'IA est un outil. Et un maudit de bon outil.
Je comprends également pourquoi une petite entreprise peut être tentée de lui demander de créer une publicité complète. Embaucher un graphiste, un illustrateur, une agence ou une personne spécialisée en marketing représente un coût. Quand on démarre ou qu'on travaille avec un petit budget, chaque dollar compte.
Mais utiliser l'intelligence artificielle pour réfléchir à une publicité et lui déléguer entièrement notre identité visuelle, pour moi, ce sont deux choses très différentes.
On peut lui demander des pistes. On peut brainstormer avec elle. On peut même générer une image comme point de départ, puis reprendre le concept, l'épurer, le retravailler et construire nous-mêmes notre visuel dans Canva ou dans un logiciel de création.
Bref, on peut utiliser l'IA dans le processus créatif sans nécessairement lui remettre les clés du processus créatif.

À force d'utiliser les mêmes outils, les marques perdent leur personnalité
C'est probablement ce qui me dérange le plus.
Une bonne identité visuelle devrait permettre de reconnaître une entreprise, un festival ou un organisme presque avant même d'en lire le nom.
Il devrait y avoir une couleur. Une personnalité. Une façon de traiter les images. Une ambiance. Quelque chose qui lui appartient.
Mais, si toutes les organisations utilisent les mêmes générateurs, avec des demandes semblables, les résultats risquent inévitablement de partager une certaine ressemblance visuelle.
À vouloir produire plus vite, on peut donc finir par sacrifier exactement ce qu'une publicité devrait réussir à créer : une identité reconnaissable.
C’'est là que le gain de temps commence à coûter cher… Je trouve que cela manque de professionnalisme, même si je comprends l’attrait de l’utilisation rapide des outils génératifs de l’IA.
Même les écoles s'y mettent
Il y a quelques jours, La Presse publiait justement un article intitulé « Les agendas scolaires IA font leur grande rentrée ».
Le journal rapportait que des couvertures d’agendas scolaires générées par intelligence artificielle avaient fait leur apparition dans plusieurs écoles du Québec. Le cas de l’école secondaire Robert-Gravel, à Montréal, est particulièrement marquant puisque l’établissement possède une vocation artistique.
Ce que j’ai compris de cette histoire, c’est que l’école aurait fait appel à une firme pour illustrer son agenda et que cette entreprise aurait utilisé l’IA pour générer les images. Si l’école n’était pas au courant de cette façon de faire, sa responsabilité est évidemment différente. Mais justement, cette situation montre à quel point nous devons désormais être plus vigilants. Poser davantage de questions. Demander comment les visuels sont produits. Et intégrer, dans nos pratiques professionnelles, une certaine transparence quant à l’utilisation que nous faisons de ces nouveaux outils.
J’en profite d’ailleurs pour faire ma propre part. J’ai utilisé l’intelligence artificielle dans ce texte, comme dans certains de mes articles précédents, principalement pour m’aider à structurer mes idées, reformuler certains passages et corriger mes erreurs. À partir de maintenant, je m’engage donc à indiquer à la fin de mes articles lorsque l’IA a été utilisée pour m’assister dans leur rédaction.
Derrière une image, il y a aussi des métiers
Il y a également quelque chose qu'on oublie facilement dans cette discussion.
Derrière les affiches, les illustrations, les identités visuelles, les campagnes publicitaires et les publications que nous voyons chaque jour, il y a des métiers.
Des gens qui ont développé pendant des années une expertise, une sensibilité et surtout une capacité à traduire une idée en image.
Est-ce que certains métiers vont se transformer avec l'intelligence artificielle? Évidemment!
Et ce n'est pas la première fois qu'une nouvelle technologie transforme profondément le marché du travail. L'industrialisation et l'automatisation ont remplacé certaines tâches, modifié des professions et forcé des industries entières à évoluer.
Je ne pense donc pas qu'on puisse simplement s'accrocher à ce qui existait avant en espérant que rien ne change. Mais dans les métiers créatifs, il y a une chose que je refuse pour l'instant de considérer comme accessoire : le regard humain.
Parce que créer, ce n'est pas simplement produire quelque chose de techniquement joli.
C'est choisir. Éliminer. Se tromper. Recommencer.
C'est apporter avec soi sa culture, son vécu, ses références, ses obsessions et ses imperfections.
C'est justement ça qui fait qu'un illustrateur ne dessine pas comme un autre.
Et amis illustrateurs et graphistes : vous êtes encore solides. Très solides.
Une affiche de trop!
Récemment, en allant porter mes cocos à la garderie, j’ai croisé une grande affiche annonçant un festival. Une affiche visiblement générée par intelligence artificielle.
Et c’est là que je me suis dit : OK, il faut que j’écrive cet article.
Au lieu de me transmettre l’identité de l’événement, ses couleurs, son énergie ou ce qui le rend unique, cette affiche m’a ramenée exactement à ce qui me dérange depuis quelque temps : cette impression de déjà-vu, ce manque de personnalité, cette esthétique un peu morne que l’on retrouve maintenant partout.
Et là, on ne parle plus d’une petite entreprise qui essaie tant bien que mal de produire une publication Facebook dans son sous-sol. On parle d’organisations qui ont parfois accès à des ressources en communication, en graphisme ou en marketing.
Alors oui, peut-être que ça a pris moins de temps. Mais est-ce que gagner du temps est encore un gain si, au bout du compte, tout finit par se ressembler?
Utiliser l'IA sans sacrifier la création
Je ne pense pas qu’il faille choisir entre l’humain et l’intelligence artificielle. L’IA peut être un outil de recherche, de réflexion, d’exploration… et même de création.
Des artistes comme Mario Klingemann le montrent bien. Il travaille avec des réseaux de neurones qu’il entraîne à partir d’ensembles d’images choisies, ajuste les paramètres, génère des centaines ou des milliers de variations, puis sélectionne les résultats qui correspondent à sa démarche. Autrement dit, il ne laisse pas simplement l’IA décider à sa place : il l’utilise comme un médium pour construire une esthétique qui lui appartient.
Et c’est probablement là que se trouve, pour moi, toute la différence.
Le problème n’est pas qu’une image soit générée par IA. Le problème, c’est quand on reconnaît davantage l’outil que la personne derrière.
Parce qu’au fond, peu importe le médium : ce que j’ai envie de voir, c’est une vraie identité. Quelque chose qui nous ressemble. Quelque chose qui a une voix.
Et vous, jusqu’où êtes-vous prêts à laisser l’IA entrer dans votre processus créatif?